SOUFFRANCES AU TRAVAIL

La Lettre de SAT N° 3

 Janvier—Février 2008

REFLEXIONS SUR L’ACCUEIL DES SOUFFRANCES AU TRAVAIL

René Fiori

Président de Souffrances au Travail

 

Bien avant la création de Souffrances Au Travail, des dispositifs d’écoute de la souffrance sur les lieux de travail se sont créés : la médecine du travail, qui a vu arriver ce malaise, les cabinets de consultant opérant pour le compte des entreprises, les consultations dans les hôpitaux, les associations etc.

Ces dispositifs présentent une apparente similitude : une personne en difficulté dans son travail vient parler à un psychiatre, psychologue, médecin du travail qui exercent au sein même de ces entités.

 

 

Différentes modalités d’accueil de la souffrance

Parler fait du bien

Qu’est ce qui différencie l’accueil au sein de SAT, de celle pratiquée par ces instances ? : l’absence de référence et de formation à la psychanalyse. Le binôme : parler/écouter est alors abordé selon sa modalité commune «parler fait du bien». Les réponses apportées relevant au pire de l’écoute attentive, au mieux du conseil avisé, ou l’inverse, c’est selon.

On répond aux dits par des dits et on mise sur la conviction incluse dans toute parole significative, alliée à la figure de l’expert, que le praticien représente pour la personne qui vient le voir.

Aborder la parole, tout autrement

Les modalités d’accueil de SAT sont orientées par la pratique de la psychanalyse lacanienne, qui nous fait aborder la parole tout autrement et prendre en compte la dimension du dire qui se distingue des  énoncés.

Inférer le dire singulier du patient à partir de ses dits relève proprement de la formation psychanalytique. Et le faire rapidement, est ce à quoi nous nous efforçons dans les premiers entretiens à Souffrance Au Travail, du fait de l’urgence avec laquelle la personne vient nous voir. Le dire cristallise le rapport du sujet à la pulsion, au corps ; il s’inscrit comme la résultante de son histoire. Ainsi, pour nous, est inopérante la modalité de travail par téléphone, qui dégrade ce registre pour tout renvoyer au registre de la communication.

La rapidité de la prise en compte de la dimension du dire est d’autant plus capitale qu’il ne s’agit justement pas de cure psychanalytique mais du traitement, en principe rapide, d’une impasse, où l’angoisse est au premier plan. C’est l’accueil fait au dire du patient qui va donner son poids aux signifiants où se condense sa problématique subjective.

La possibilité d’inférer le dire à partir des dits du sujet renvoie à la propre analyse du psychanalyste.

«  Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend » (Lacan L’Etourdi). Cet oubli, de règle et même nécessaire dans les échanges verbaux quotidiens, est l’outil qui permet à l’analyste de situer la parole du sujet, faite de la langue commune, mais dont certains termes, bifaces, renvoient au tissu de son histoire où son désir se déplace

Ce n’est pas une visée adaptative qui est promue dans nos entretiens, mais l’adéquation retrouvée du sujet à son désir.