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SOUFFRANCES AU TRAVAIL |
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La Lettre de SAT N° 3 Janvier—Février 2008 |
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CLINIQUES DE LA VIE AU TRAVAIL Jesús Ambel—Groupe de Recherche (*) - Grenade, novembre 2007 – mai 2008 Cachés dans les évaluations qualité ou bien magnifiés par une presse avide de nouveautés, depuis la scène de l'actuel monde du travail arrivent jusqu’à nous de sombres échos : stress lié au travail, harcèlement moral, épuisement professionnel, violence, agression des usagers de droite, mutation forcée à des postes d'archivage, pathologies du surmenage et, bien sur, chronicisation invalidante de la symptomatologie... |
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Dans ce décor, les différentes formes d'organisation (fanatiques de l'idéologie de la gestion) se montrent aussi gourmandes pour le « fonctionnement » qu’anorexiques par rapport aux moyens effectifs avec lesquels aborder ces nouvelles formes de souffrance au travail. Il s'agit d'une paradoxe qui illustre bien l'époque. D'un côté, l'idéologie de la gestion (revêtue de pédagogie à gauche et de technocratie à droite) consomme et plombe la subjectivité du travailleur avec un « modèle de comportement » (compétences, habilité et aptitudes personnelles au service de l'excellence), mis à jour par une psychologie appliquée au champ du conformisme assaisonnée avec quelques touches de philosophie humaniste d'un nouveau genre (la gestion des personnes, le développement personnel). D'un autre côté, une série de procédures, protocoles et questionnaires se chargent d'évaluer la fiction juridique des risques liés au travail et de nature psychosociale. Ainsi, deux questions fondamentales sont assurées : le silence qui est imposé au sujet (évaluer un sujet c'est le transformer en une chose) et le discours vaniteux de l'expert qui rend compte des choses. C'est la liberté moderne, à savoir, la libre circulation de l’obéissance. « Qui oserait dire que ceci ne se produit pas chaque jour devant nous ? », se demande Jean-Claude Milner dans La politique des choses. Pourquoi les travailleurs et les syndicats ont tellement peu résisté, quand ils n'ont pas collaboré, à une mutation qui intensifie le travail sans améliorer sa rémunération? La peur du chômage n'est qu'une partie de la réponse. Il s'agit d'une invitation pressante pour que le travailleur « s'implique et participe » à une modalité précise de la gestion du travail qui l'amène à « intérioriser l'obligation de rentabilité » et à fixer comme critère d'existence le « fonctionner ». C'est ainsi que les nouvelles formes de souffrance au travail, la nouvelle clinique de la vie professionnelle, sont une réponse à l'installation d'une chaîne entretenue par ceux qu'elle aliène, c'est une modalité de ce que La Boétie a appelé au XVII siècle, la servitude volontaire. A côté d'autres, nous, psychanalystes, travaillons en contact direct avec les nouvelles pathologies liées au travail, avec les nouveaux risques psychosociaux. Chargés de prévention, ergonomes, médecins du travail, syndicalistes, personnel du service de l'inspection du travail, professeurs et étudiants des disciplines concernées, nous proposons un travail de recherche clinique ouvert à la participation de différents agents. Le Groupe de Recherche est le lieu d'une conversation sur la nouvelle clinique, il est le lien qui s'établit entre nous qui pensons que le régime de la domestication généralisée peut être mis en suspens et qui avons pris la décision de ne pas céder le dernier mot à l'ordre muet des choses. Traduction de l’espagnol : Federico Ossola (*) Inscrit au Espacio Campo Freudiano de Granada cordonné par María José Olmedo et Juan Carlos Ríos - http://www.icf-granada.net/ |