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SOUFFRANCES AU TRAVAIL |
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La Lettre de SAT N° 3 Janvier—Février 2008 |
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Nathalie Georges - Présidente des Psychologues Freudiens - Interview de René Fiori. Nathalie Georges (NG) : Quand avez-vous créé SAT ? René FIORI (RF) : L’association Souffrances Au Travail a été créée en juillet de l’année 2000 par trois membres de l’Envers de Paris. Actuellement et depuis 2004, nous sommes cinq psychanalystes à recevoir, et un superviseur en la personne de Marie-Hélène Dziomba-Doguet. NG : Quel a été le petit fait ou l’événement qui a poussé à cette création ? RF : C’est la conjonction du détachement, de l’isolement, d’un symptôme social par les médias : journaux, livres, et sa concordance avec ce que nous constations sur nos lieux de travail qui a précipité -au sens chimique- la création de ce dispositif. Le premier travail fut de bien nommer ce symptôme, et ce fut le nom de l’association. NG : Le profane aimerait savoir ce que vous pouvez déjà extraire de votre expérience... Le travail, c’est un signifiant ? Un mode de vie ? Un objet de désir ? |
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RF : Objet d’investissement du désir, le travail l’est certainement, et c’est dans l’asphyxie de ce désir que s’origine ce symptôme. Mais les nouvelles organisations de travail, qui sont des structures finalisées au plus haut point vers la rentabilité financière, requièrent effectivement du manager, au-delà de l’identification, que la coïncidence de son mode de vie soit maximale. Mais cela est demandé aussi bien de tout salarié, du haut en bas de l’échelle. La protocolisation et l’évaluation composent une idéologie qui demande qu’y soient résorbées les singularités sur les différents registres : parler, penser, se comporter, consommer, etc. Certains y trouvent leur compte, d’autres moins. Ceci étant, nous recevons beaucoup de personnes qui travaillent dans de petites entreprises. Mais la problématique est identique. La subjectivité a une affinité avec le jeu, l’initiative. Son empan s’éteint là où tout est balisé, encadré, commenté, critiqué, stigmatisé, ou ignoré, que ce soit le fait d’une seule personne ou de tout un organisme managérial. NG : Vous n’hésitez pas à parler de souffrance. Quel est votre accueil de la souffrance ? Individuel ? Familial ? Groupal ? Intervenez-vous parfois dans des situations concrètes ou demeurez-vous amarré strictement dans un dispositif d’entretien ? RF : Une diffusion de notre dépliant est faite régulièrement auprès des acteurs qui interviennent dans le monde du travail, et surtout auprès des inspecteurs du travail. Nous avons aussi un site internet : www.souffrancesautravail.org Les personnes qui nous sont adressées nous appellent pour prendre rendez-vous. Nous les recevons chacun dans notre cabinet. Il n’y a pas d’accueil familial ou groupal. Les entretiens sont gratuits et sans limite a priori. NG :Quelle est votre politique ? La guérir, la soulager, la transformer, y intéresser celui qui l’éprouve ? RF : La demande d’entretien se fait toujours dans un sentiment d’urgence et d’angoisse. Il s’agit du traitement d’une impasse avec les moyens de la psychanalyse, c'est-à-dire que le sujet puisse retrouver la mobilité de son désir, et qu’il s’oriente selon des éléments subjectifs qui lui sont propres, qu’il articule lors des entretiens, et d’où va se dessiner une solution, une issue, où l’angoisse est aussi bien soluble. NG : Cette souffrance n’est-elle pas aussi paradoxale que la souffrance tout court ?dans la mesure où le sujet peut y tenir… RF : Je pense qu’on ne peut pas vraiment poser les choses comme cela. À cette souffrance, le sujet n’y tient pas, il y est scotché malgré lui, il veut s’en défaire. Pour certains c’est la première fois qu’ils font cette expérience douloureuse. S’il y a paradoxe, celui-ci réside dans le fait que le symptôme en première occurrence, n’est pas constitué à partir d’un Idéal auquel le sujet mesure son impuissance et son insuffisance, mais résulte de la rencontre avec un Autre excessif qui a mis cet idéal à mal. L’Autre est lui-même symptôme par sa démesure, son intempérance, son ubiquité, ses exigences de conformité incessantes. La haine est toujours de la partie, à plus ou moins forte dose. C’est toujours l’être intime qu’elle vise et dans la situation de destitution où se trouve le sujet, cela fait point d’appel à ce qui chez lui autrefois a pu trouver une solution qui s’avère maintenant fragile, ou fragilisée par la situation actuelle. NG :Avez-vous l’impression d’être à un carrefour, entre la clinique du sujet, la plus intime, et celle du Malaise dans la civilisation ? Si oui, cela va-t-il vous pousser à de nouvelles inventions au-delà de la clinique du sujet ? RF : La clinique dont nous avons fait état lors des interventions à notre premier colloque à la Bourse du travail en Juin 2006, se démarque de celle de tous les types de consultations qui se sont créés, qu’il s’agisse d’organismes privés sous-traitants des l’entreprises pour le malaise qu’elles génèrent, ou de consultations publiques situées dans des hôpitaux, avec référence prédominante à la psychologie et à la psychiatrie. Notre clinique ne vise pas à l’adaptation, ni ne donne valeur à la parole cathartique.C’est une clinique qui vise à rendre possible au sujet, qu’il prenne la mesure de son désir pour trouver dans le déplacement dans le champ du langage, lors des entretiens, une solution qui lui convienne en propre. NG : Souffrez-vous à votre travail ? Certains d’entre nous ont pu se trouver pris dans ce type d’impasse lors du rachat de l’entreprise par une autre, ou par ces entités appelées « fonds de pension », ou encore lors de l’introduction en bourse de telle ou telle institution, d’autres ont pu se construire un belvédère sur la question, si on peut dire, par le poste qu’ils occupent là où ils travaillent. La psychanalyse comme instrument et formation nous permet de nous décaler de la position de victime avec laquelle on indexe le sujet, spécialement dans cette figure du malaise. Le sujet doit se retrouver acteur là où il lui semble pâtir d’une situation qui lui échappe et qui souvent le tétanise, mortifie son désir.
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